Blog sur la pêche à la mouche
A la faveur d’un «désagrément professionnel» bien involontaire, je me suis retrouvé avec du temps pour un 3ème séjour de pêche en 2011, chose qui n’a jamais eu la chance de m’arriver !
Je me suis immédiatement orienté vers la pêche des migrateurs et j’ai considéré les options suivantes, pour le mois d’octobre : la rivière Tweed en Ecosse (mais aucune canne de disponible sur les bons parcours), la steelhead en Colombie Britannique (mais aucune canne de libre dans les lodges qui m'intéressaient) et enfin l’Umba, en Russie qui a l’énorme avantage d’avoir une remontée très tardive de gros saumons.
J’ai repris contact avec Steffen Juhl de Salmon Junkies (www.salmonjunkies.com) ; il m’a bien rassuré sur certains aspects historiques de la rivière (braconnage, etc) et, compte tenu d’un bon rapport qualité-prix, j’ai réservé 2 cannes pour la 2ème semaine d’octobre. Ravi de pouvoir enfin tester la Russie, pays où je n’avais jamais mis les pieds !
Ayant réservé tard, j’ai dû rapidement me pencher sur l’obtention du visa ; Steffen et son équipe ont été supers mais les difficultés matérielles sont restées importantes (problèmes de fax, problèmes avec l’agent chargé d’obtenir le visa en France, etc). Mais, bref, j’y suis arrivé...
Ma seconde mission a été d’aller au Vieux Campeur à Paris pour m’équiper contre le froid : polaire chaude, chauffe-mains, cagoule, vêtements de corps techniques. Nous y reviendrons mais grand bien m’en a pris...
Vendredi 6 octobre : c’est le grand départ ! Mon père me rejoint sur Paris et nous partons pour Murmansk (MMK) via Moscou (vol Air France - Aeroflot ; la meilleure option tarifaire). Un peu d'appréhension à l’idée de «perdre» nos bagages (ça arrive assez souvent...) mais, finalement, tout va bien pour nous. Nous arrivons à MMK vers 22h (avec pas mal de retard) et c’est le grand choc : il fait très froid et le lieu est sincèrement désolé ; il ne doit pas faire bon vivre à cet endroit...
L’avantage de partir en octobre est que les seuls pêcheurs (facilement reconnaissables au fourreau qu’ils traînent avec eux) que vous croisez à MMK vont sur l’Umba. Nous commençons donc à faire connaissance avec les membres de notre groupe de 8 : 2 danois (dont le chef d’équipe Jan Delaporte), 2 allemands et 2 américains (guides de pêche à la steelhead en Oregon). Je le découvrirai peu à peu mais un super groupe !
Minuit, toujours à MMK : la fatigue commence à se faire sentir... Une jeune fille en tee-shirt (!!!!!!!!!) s’approche de nous et nous informe que notre bus est prêt à partir. Nous embarquons et le voyage commence... 5 à 6h de route pour traverser la péninsule de Kola vers le sud et rejoindre l’Umba.
Naïvement, je m’étais dit que nous dormirions dans le bus et arriverions dans un état pas trop lamentable le lendemain matin, prêt à lancer nos mouches. Grosse grosse erreur.... Les banquettes défoncées du bus et surtout une route dans un état lamentable feront que personne ne pourra fermer l’oeil de la nuit. Nous en profiterons donc pour «admirer» un paysage et des «villes» pas franchement accueillantes.
Puis arrive le petit matin ; un panneau sur un pont nous annonce que nous sommes presque arrivés. Encore quelques minutes de chemin défoncé (et détrempé) et nous y sommes. La nuit est encore bien noire et, surprise, le lodge n’est pas pour tout de suite : il faut d’abord faire une petite ballade en bateau pour le rejoindre. Et autant vous dire que monter sur un bateau, en pleine nuit glaciale, sans avoir pu dormir, sur une rivière énorme, tournoyante et noirâtre n'enchante personne ; c’est même franchement stressant. Mais, la perspective du poisson aidant, nous y allons et pouvons vérifier que la logistique mise en place par les russes et supervisée par Jan est bien rodée.
Nous arrivons au lodge, sans voir grand chose et allons tous nous coucher pour prendre des forces avant un bon brunch et une session de pêche commençant à midi le samedi.
Samedi matin vers 11h : nous émergeons passablement fatigués mais heureux et excités d’enfin découvrir le lodge et la rivière, le tout sous un soleil froid mais radieux.
Les premières impressions sur le lodge sont bonnes ; c’est une très belle bâtisse où l’on se sent à l’aise. Par contre, on reste au milieu de la Russie donc il ne faut pas faire trop attention aux détails : parfois on a de l’eau chaude, parfois moins, etc. Rien de vraiment trop ennuyeux cependant ; et je ne sais pas comment sont les autres lodges de la péninsule donc difficile de comparer.
Quant au service, il est de bonne qualité ; le staff est sympathique même si la communication est quasi inexistante.
Pour la nourriture, le petit-déjeuner était bon mais le reste des repas plutôt moyen. Nous n’avons pas eu la chance de vraiment goûter la cuisine russe.
Quant à la rivière, on apprend qu’après une saison sans eau, de très grosses pluies ont fait monter le niveau (qui n'arrêtera d’ailleurs pas de monter durant notre semaine). Le Home Pool, devant le lodge, n’est pas hyper lisible car ça ressemble plutôt à un lac qui rentre dans un canal pour se re-déverser dans un autre lac (Doctor’s pool).
Avant de continuer, parlons un peu de la rivière : la partie que nous pêchons est divisée en 2 grandes sections : la partie basse de l’Umba (Lower Umba), divisée en 9 pools et la partie haute (Krivetz), divisée en une demi-douzaine de pools.
En temps normal et pour un groupe complet (10 cannes), 4 cannes pêchent la Lower Umba (accessible en bateau) et 6 cannes tournent sur Krivetz (accessible après 10’ de bateau puis 30 à 50’ de marche !).
Franchement, je dois dire que je n’ai pas trop aimé la pêche sur la Lower Umba : c’est principalement une succession de pools type «lac» (Junction, Rat, Home, Doctor) où on pêche surtout en bateau... Rien de bien intéressant. On peut toujours pêcher en wading mais la réalité est que ce sont plutôt des endroits à pêcher en bateau. C’était en tout cas le cas dans nos conditions : très froid et assez grosses eaux.
La partie Krivetz est plus intéressante pour le «vrai» pêcheur au saumon mais les pools à pêcher sont très peu nombreux : j’avoue ne pas comprendre comment on peut y mettre 6 cannes...
Pendant notre séjour, nous n’avons pas opéré la rotation normale car il y n’y avait peu ou pas de poisson sur la partie basse de la Krivetz. Il fallait plutôt monter sur les 2 derniers pools : Golden Run et Golden Pool (magnifiques pour le coup).
Il est aussi important de signaler que le wading sur la Krivetz est TRES difficile : j’ai 37 ans et suis en excellente condition physique et pourtant j’ai vraiment «galéré» à certains moments ; il faut faire très gaffe...
Comme dans beaucoup d’endroits, chaque guide a son bateau (à fond plat, très stable) et s’occupe de 2 cannes. Nous concernant, notre premier guide ne parlait pas un mot d’anglais et n’était visiblement pas intéressé par la pêche. Nous en avons parlé à Jan qui a fait le nécessaire et nous avons ensuite eu un guide (Igor) avec une bonne expérience et pouvant communiquer avec nous.
Les horaires de pêche sont les suivants : 9h - 14h pour la session du matin ; pause déjeuner d’une heure puis 15h - 19h pour la session du soir. Vu le froid qu’il faisait pendant notre séjour, la pause déjeuner du midi était indispensable pour se réchauffer et l’amplitude horaire largement suffisante :-)
Venons en maintenant au principal : la pêche ! Vous l’aurez compris, nous étions tard dans la saison, les eaux étaient hautes et il faisait froid, donc ça n’a pas été génial...
Le groupe de 8 comprenait 7 pêcheurs très expérimentés et nous n’avons fait que 25 poissons :-( Par contre, 4 faisaient plus de 10 kgs ce qui est plutôt pas mal.
Me concernant plus directement je fais finalement 7 poissons : 2 de plus de 10 kgs puis 5 de moins de 3 kgs... Malheureusement, 6 de mes poissons étaient colorés donc je n’aurai aucun combat vraiment intéressant alors que mes partenaires qui ont touché des gros saumons de plus de 7 / 8 kgs, frais, se sont visiblement bien amusés.
Plus la semaine a passé, plus nous avons dû aller chercher le poisson au fond... Le dernier jour (où les températures sont restées très négatives toute la journée), j’ai pêché littéralement à fond et j’ai crocheté 5 saumons. Mais les touches étaient tellement molles et faibles qu’ils se sont tous décrochés... Même histoire pour mes camarades. J’avoue ne jamais avoir pêché le saumon et eu des touches de goujon (à peine) ; interdiction de ferrer ou de faire quoi que ce soit ; juste donner du temps et de la ligne au poisson ! Surprenant à ce point...
Quant aux mouches, les préférées ont été les Red/Green Butt, Billy Butt et Snaelda. Plus il faisait froid, plus les poissons étaient colorés, plus on allait vers de l’orange.
Voilà : nous avons pêché pendant 6,5 jours, avons eu de franches rigolades, avons goûté pas mal de vodka pour se réchauffer et au final passé de bons moments. Pas la meilleure pêche de notre vie mais l’Umba reste certainement un bon rapport qualité-prix, surtout en septembre j’imagine. D’ailleurs, j’ai pu vérifier sur le log book que les prises moyennes par semaine sont plutôt de 8 à 10 saumons par canne.
A quand la prochaine aventure en Russie ? Où ? Nous verrons en 2012...
Tight lines!